Sécurité incendie et décoration végétale en ERP : comprendre les obligations

Published : 11/06/2026 12:46:40
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Mousse ignifugée Phocealys

La décoration végétale s’est imposée dans de nombreux espaces ouverts au public : hôtels, restaurants, commerces, espaces de coworking, lieux événementiels ou certains bureaux accueillant du public.

Murs végétaux immersifs, compositions suspendues, fleurs séchées, feuillages artificiels ou végétaux stabilisés participent aujourd’hui pleinement à l’identité des lieux et à l’expérience client.

Mais dans certains cas, ces installations entrent également dans le champ de la réglementation applicable aux ERP (Établissements Recevant du Public) et aux exigences de sécurité incendie liées aux matériaux de décoration intérieure.

Entre classements feu, normes européennes, obligations ERP, végétaux stabilisés, fleurs séchées ou installations suspendues, les règles applicables peuvent rapidement devenir complexes à interpréter.

L’objectif de cet article est de faire la lumière sur les principales obligations réglementaires, les zones d’interprétation les plus fréquentes et les bonnes pratiques permettant de sécuriser un projet végétal tout en préservant sa dimension esthétique et créative.

Qu’est-ce qu’un ERP ?

Un ERP (Établissement Recevant du Public) désigne un bâtiment, local ou enceinte dans lequel des personnes extérieures sont admises, librement ou moyennant une participation. Cela concerne notamment les hôtels, restaurants, commerces, centres commerciaux, lieux événementiels ou certains espaces de coworking.

En revanche, tous les espaces professionnels ne relèvent pas automatiquement de cette réglementation. Des bureaux privés ou des locaux exclusivement réservés aux salariés peuvent, selon leur configuration et leur usage, dépendre davantage du Code du travail que de la réglementation ERP.

Pour autant, même lorsqu’un lieu n’est pas soumis aux obligations spécifiques des ERP, la prévention du risque incendie reste essentielle. Accumulation de matériaux combustibles, installations décoratives suspendues, proximité de sources de chaleur ou densité végétale importante peuvent représenter des points de vigilance dans tout projet d’aménagement intérieur.

Intégrer la question de la réaction au feu dès la conception permet donc non seulement de répondre aux contraintes réglementaires lorsque celles-ci s’appliquent, mais aussi de sécuriser durablement les espaces et leurs occupants.

Et sur ce sujet, une confusion persiste souvent : tous les végétaux décoratifs ne sont pas soumis aux mêmes exigences, et tous les cas ne sont pas explicitement définis par les textes.

L’enjeu n’est donc pas uniquement de “traiter anti-feu”, mais de comprendre :

  • quels textes s’appliquent ;
  • quelles obligations sont clairement établies ;
  • quelles situations relèvent d’une interprétation locale ;
  • et comment sécuriser un projet dès sa conception.

Le texte de référence : l’arrêté du 25 juin 1980

En France, le cadre réglementaire principal est l’arrêté du 25 juin 1980 approuvant le règlement de sécurité contre les risques d’incendie et de panique dans les ERP.

Le chapitre AM — Aménagements intérieurs fixe les règles applicables :

  • aux éléments décoratifs ;
  • aux revêtements ;
  • aux agencements ;
  • aux matériaux présents dans les espaces accessibles au public.

L’article AM 1 pose le principe général : les matériaux utilisés dans les locaux accessibles au public doivent présenter une réaction au feu compatible avec la sécurité des occupants.

Ce texte peut donc concerner :

  • les plantes artificielles ;
  • les murs végétaux ;
  • les panneaux décoratifs ;
  • les éléments suspendus ;
  • les structures végétalisées ;
  • et, selon les cas, les végétaux stabilisés ou séchés.

Réaction au feu et résistance au feu : deux notions différentes

C’est une confusion très fréquente dans les projets d’aménagement.

La réaction au feu

La réaction au feu mesure la manière dont un matériau :

  • s’enflamme ;
  • propage un incendie ;
  • dégage des fumées ;
  • produit des gouttelettes enflammées.

C’est cette notion qui concerne directement :

  • les végétaux artificiels ;
  • les mousses et lichens stabilisés ;
  • les fleurs séchées ;
  • les panneaux végétaux ;
  • les éléments décoratifs suspendus.

La résistance au feu

La résistance au feu concerne quant à elle la capacité d’un élément de construction à :

  • conserver sa stabilité ;
  • limiter la propagation des flammes ;
  • maintenir son rôle structurel pendant une durée donnée.

Exemple :

  • une cloison EI60 ;
  • une porte coupe-feu ;
  • une structure CF 1h.

Un matériau classé M1 ne signifie donc pas qu’il est “coupe-feu”.

Classement feu : comprendre les normes utilisées en France et en Europe

Le classement français M0 à M4

Le classement historique français repose sur la norme NF P 92-507.

Classement Signification
M0 Incombustible
M1 Non inflammable
M2 Difficilement inflammable
M3 Moyennement inflammable
M4 Facilement inflammable

Dans les ERP, les exigences varient selon :

  • la surface installée ;
  • le mode de pose ;
  • le volume ;
  • l’emplacement ;
  • et le type de décor végétal.

Les Euroclasses : le référentiel européen

Le système européen NF EN 13501-1 est aujourd’hui utilisé dans la majorité des pays européens.

Il repose sur :

  • la contribution au feu (A à F) ;
  • les fumées (s1 à s3) ;
  • les gouttelettes enflammées (d0 à d2).

Exemple :

B-s1,d0

  • faible contribution au feu ;
  • très faible émission de fumée ;
  • absence de gouttelettes enflammées.

France et Europe : des approches encore différentes

La France continue d’utiliser largement les classements M0 à M4 dans les projets ERP, même si les Euroclasses sont désormais intégrées à la réglementation.

Dans d’autres pays européens :

  • Belgique ;
  • Espagne ;
  • Italie ;
  • Allemagne ;

les Euroclasses constituent aujourd’hui le référentiel dominant.

Pour les projets internationaux, il est donc essentiel de vérifier :

  • le référentiel applicable ;
  • les certifications disponibles ;
  • et les exigences locales du pays concerné.

M1 et Euroclasses : attention aux équivalences simplifiées

Il n’existe pas de correspondance réglementaire automatique entre classement français et Euroclasses.

Les équivalences généralement admises restent indicatives :

Classement français Équivalence Euroclasse indicative
M0 A1 / A2-s1,d0
M1 B-s1,d0 à B-s2,d0
M2 C-s1,d0
M3 D-s2,d0
M4 E

Seuls les procès-verbaux d’essais et certificats officiels permettent de valider la conformité d’un produit.

Ce que la réglementation vise clairement : les végétaux artificiels

Les plantes artificielles constituent le cas le plus explicitement traité par le règlement ERP.

L’article AM 19 précise que :

  • les décorations florales en matériaux de synthèse doivent être limitées en nombre ;
  • et qu’en cas d’utilisation importante, elles doivent être classées au minimum M2.

Le texte ajoute également que :

  • les arbres et plantes artificiels de plus de 1,70 m doivent être classés M2 ;
  • et placés hors de portée du public.

En pratique :

  • une décoration artificielle ponctuelle bénéficie d’une certaine tolérance ;
  • mais un mur végétal artificiel, une accumulation importante ou une installation immersive nécessitent une approche beaucoup plus rigoureuse.

C’est dans cette logique que certaines références sont aujourd’hui proposées directement avec traitement ignifuge intégré dès fabrication, notamment pour les panneaux feuillages artificiels destinés aux projets professionnels et ERP.

Solution technique : traitement ignifuge des végétaux artificiels

Dans certains projets sur mesure ou installations existantes, il peut être nécessaire de traiter les éléments décoratifs après fabrication.

Les sprays ignifugeants dédiés aux végétaux artificiels permettent alors :

  • d’améliorer la réaction au feu ;
  • d’adapter le traitement au projet réel ;
  • et de conserver une grande liberté créative.

Ces solutions sont particulièrement utilisées dans :

  • les scénographies ;
  • les décors événementiels ;
  • les murs végétaux personnalisés ;
  • ou les installations temporaires.

Murs végétaux et panneaux décoratifs : le cas des surfaces murales

Les murs végétaux et tableaux végétaux peuvent relever de l’article AM 9 relatif aux éléments de décoration en relief fixés sur les parois verticales.

Lorsque leur surface dépasse 20 % des parois verticales du local, les matériaux doivent être classés :

  • M2 minimum ;
  • ou C-s3,d0 selon les Euroclasses.

Ce point concerne directement :

  • les grands murs végétaux ;
  • les panneaux végétalisés ;
  • les installations décoratives immersives.

Important : le classement feu doit concerner le système installé

C’est un point souvent mal compris dans les projets ERP.

Un certificat M1 ou M2 sur un matériau seul ne garantit pas automatiquement la conformité de l’installation finale.

Le bureau de contrôle ou la commission de sécurité peuvent également prendre en compte :

  • le support ;
  • les colles ;
  • la structure ;
  • la surface totale installée ;
  • le mode de pose ;
  • l’emplacement dans le local ;
  • ou encore la charge combustible globale du projet.

Une mousse ou un lichen stabilisé classé M1 fixé sur un panneau bois combustible avec une colle non adaptée peut conduire à une analyse différente du système final.

C’est pourquoi les procès-verbaux d’essais doivent toujours être analysés dans les conditions réelles d’utilisation.

Suspensions végétales et plafonds décoratifs : le niveau d’exigence le plus élevé

Les installations suspendues constituent généralement le cas le plus sensible.

L’article AM 10 impose que les éléments flottants ou suspendus :

  • guirlandes ;
  • panneaux décoratifs ;
  • installations aériennes ;
  • suspensions végétales ;

soient classés M1 lorsqu’ils dépassent 0,50 m² dans :

  • les dégagements ;
  • les locaux de plus de 50 m² ;
  • les circulations accessibles au public.

Les plafonds végétalisés et décors suspendus doivent donc faire l’objet d’une vigilance particulière, notamment dans :

  • les hôtels ;
  • les restaurants ;
  • les centres commerciaux ;
  • les halls d’accueil ;
  • ou les espaces événementiels.

Le cas spécifique des végétaux stabilisés

Les végétaux stabilisés occupent une zone plus complexe dans la réglementation.

Ils ne sont :

  • ni totalement assimilés à des matériaux synthétiques ;
  • ni considérés comme des végétaux vivants.

Le règlement ne les mentionne pas explicitement.

Ils peuvent donc être interprétés selon les cas comme :

  • un matériau naturel transformé ;
  • un élément décoratif combustible ;
  • une finition décorative.

En pratique, l’interprétation dépend souvent :

  • du bureau de contrôle ;
  • du préventionniste ;
  • ou de la commission de sécurité locale.

Dans ce contexte, l’utilisation de produits disposant d’un classement feu constitue un véritable levier de sécurisation du projet.

Certaines mousses et lichens stabilisés ignifugés M1 permettent aujourd’hui de répondre aux contraintes des ERP tout en conservant l’esthétique naturelle recherchée dans les aménagements végétaux haut de gamme.

Solution technique : mousses et lichens stabilisés ignifugés

Les mousses et lichens stabilisés classés M1 offrent plusieurs avantages dans les projets professionnels :

  • conformité adaptée aux contraintes ERP ;
  • rendu végétal naturel ;
  • absence d’entretien ;
  • intégration dans les murs végétaux, plafonds ou scénographies.

Les mousses et lichens stabilisés sont particulièrement utilisés dans les murs végétaux, signalétiques végétales, espaces retail ou aménagements premium pour leur rendu naturel et leur absence d’entretien.

Pour les installations sur mesure, des sprays ignifugeants spécifiques pour mousses et lichens stabilisés permettent également d’adapter le traitement aux contraintes du projet.

Fleurs séchées : un matériau esthétique mais sensible en ERP

Les fleurs séchées et matériaux naturels sont particulièrement appréciés dans :

  • l’hôtellerie ;
  • le retail ;
  • les restaurants ;
  • les scénographies événementielles.

Mais ils présentent également un point critique : leur forte combustibilité naturelle.

Contrairement aux plantes artificielles, ils ne sont pas explicitement définis dans le règlement ERP.

En pratique, une petite décoration ponctuelle peut être tolérée, mais :

  • les accumulations importantes ;
  • les suspensions ;
  • les plafonds décoratifs ;
  • ou les installations proches d’une source de chaleur

peuvent être considérées comme problématiques.

Solution technique : ignifuger les fleurs séchées

Dans ce contexte, les traitements ignifugeants dédiés aux fleurs séchées et matériaux naturels permettent :

  • d’améliorer la réaction au feu ;
  • de préserver l’esthétique des végétaux ;
  • et de compléter le dossier technique présenté au bureau de contrôle.

Ces solutions sont particulièrement pertinentes pour :

  • les compositions florales ;
  • les scénographies ;
  • les décors suspendus ;
  • les installations événementielles ;
  • ou les projets de retail design.

Même avec traitement, une validation par le bureau de contrôle reste recommandée pour les ERP sensibles ou les installations importantes.

La notion de charge calorifique : un point souvent sous-estimé

Au-delà du classement feu des matériaux, les commissions de sécurité analysent également la charge combustible globale d’un espace.

Une accumulation importante de matériaux décoratifs combustibles peut être considérée comme un facteur aggravant :

  • grands plafonds végétalisés ;
  • murs immersifs ;
  • décors suspendus ;
  • scénographies événementielles ;
  • espaces retail expérientiels.

Même avec des matériaux classés, le volume installé, la densité végétale et la configuration du local peuvent influencer l’analyse du risque.

Qui valide réellement un projet végétal en ERP ?

Plusieurs acteurs interviennent dans l’analyse et la validation des projets :

Acteur Rôle
Bureau de contrôle Vérifie la conformité technique
Commission de sécurité Valide l’ouverture et l’exploitation
Préventionniste SDIS Analyse le risque incendie
Architecte Intègre les contraintes réglementaires
Installateur Garantit les conditions de pose

C’est pourquoi l’anticipation et la documentation technique sont essentielles dès la phase de conception.

Ce qu’il faut retenir pour sécuriser un projet végétal en ERP

La conformité d’une installation végétale ne dépend jamais uniquement du végétal lui-même.

Elle dépend aussi :

  • du support ;
  • des colles ;
  • de la structure ;
  • des surfaces couvertes ;
  • du positionnement ;
  • des dégagements ;
  • des sources de chaleur ;
  • et des conditions réelles d’installation.

Les bonnes pratiques consistent donc à :

  • intégrer la sécurité incendie dès la conception ;
  • privilégier des matériaux disposant d’un classement feu ;
  • conserver les justificatifs techniques ;
  • faire valider les projets sensibles par les interlocuteurs compétents ;
  • et anticiper les contraintes propres à chaque ERP.

Conclusion : vers une approche plus technique de la décoration végétale

La décoration végétale en ERP évolue vers des projets de plus en plus ambitieux, immersifs et techniques.

Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement esthétique.

Il est aussi :

  • réglementaire ;
  • assurantiel ;
  • opérationnel ;
  • et sécuritaire.

Produits ignifugés dès fabrication, mousses et lichens stabilisés classés M1, sprays de traitement anti-feu pour végétaux artificiels ou fleurs séchées… les solutions techniques existent désormais pour concilier sécurité incendie, liberté créative et qualité esthétique.

Et dans ce domaine, l’anticipation reste la meilleure garantie pour concevoir des projets conformes, durables et sereins.

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